Difficultés scolaires de l’enfant : au-delà du diagnostic, comprendre ses besoins réels pour mieux l'accompagner
- Isa LISE

- il y a 17 heures
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Aujourd'hui, il ne s’agit pas simplement de parler de difficultés scolaires chez l'enfant.
Il s’agit de parler de l’enfant.
De ses besoins réels. De ce que l’on ne voit pas assez derrière un diagnostic.
Profil particulier, neuroatypie, difficultés scolaires : en quête d'étiquette ou pas
Lorsqu'on est parent ou soi-même concerné(e), on peut être dans une démarche différente : certains souhaitent obtenir rapidement un diagnostic, d’autres choisissent de ne pas en chercher.
Souvent, on associe refus de diagnostic et déni. Ce n'est pas nécessairement vrai. On peut refuser l'étiquette pour ne pas figer l'enfant, pour ne pas créer de formatage précoce ou bien même parce qu'on pense que ce ne serait pas la "bonne étiquette".
Certains adoptent donc une posture de “refus d’étiquetage”.
Pour tout dire, j’ai été de ces femmes et mamans-là.
Différente, je l’ai toujours été. Je l'ai suffisamment ressenti. On me l’a suffisamment fait comprendre et j’ai eu droit à de nombreuses étiquettes… qui n’étaient pas les bonnes.
Le monde m'est apparu trop normatif et limitant. Et vous savez quoi ? Je le pense toujours aujourd'hui.
Lorsque j’ai compris que mes enfants étaient aussi différentes, j’ai été à la fois heureuse (chouette, on se comprendrait), inquiète (ce n’est pas simple d’être différent) et déterminée. Mes filles grandiraient autant que possible sans étiquettes, mais avec les adaptations dont elles avaient besoin.
Entre le monde idéal et la réalité, nous avons pourtant dû passer par les étiquettes pour obtenir la reconnaissance et les aides nécessaires.
Selon moi, c'est très triste.
Cela signifie que celle ou celui qui n'a pas d'étiquette, mais qui a de réels besoins n'a pas les aides dont il a besoin.
Cela signifie aussi qu'une étiquette peut devenir une limite. Certains s'y enferment. Que ce soit personnellement ou professionnellement, j'ai trop souvent lu ou entendu : "je ne peux pas, je n'essaie pas" ou bien "il ne pourra pas, ça ne sert à rien d'essayer".
Les limites existent, mais elles sont là pour être repoussées.
Avec les bonnes adaptations. Avec le bon soutien.
Avec la confiance en soi nourrie et préservée.
Avec un monde qui s'ouvre à l'autre.

Ce que le diagnostic ne dit pas
Au-delà de la difficulté à obtenir le bon diagnostic, celui-ci n'est souvent qu'une porte d'entrée et une porte d'entrée qui peut donner le vertige !
Il y a une dizaine d'années, on communiquait beaucoup autour des profils dys et du haut potentiel et certains récits pouvaient être inquiétants sur la difficulté de lire ou la dépression.
Aujourd’hui, on parle énormément du TDAH et du TSA (autisme) et le vertige grandit !
Les discours catastrophistes peuvent submerger le parent qui découvre une étiquette et qui peut être saisi de panique !
Il peut aussi se sentir très vite désemparé ! Le besoin d'identification est fort : on cherche, on compare, on s'inquiète de difficultés visibles et non visibles. Parfois on peut même finir par en imaginer à force de chercher.
J’ai volontairement choisi l’image d’un enfant portant un casque, cliché souvent associé à l’autisme et pourtant erroné : tous les enfants autistes ne souffrent pas d’hypersensibilité auditive, et certains enfants sensibles ne supporteraient pas ce casque.
Face à ces réalités différentes, le parent et l'enfant peuvent souffrir d'un syndrome d'imposteur ou de culpabilité (si chère compagne des parents attentifs, mais aussi des enfants désireux de plaire ou de soulager leur parent) ou d'angoisse.
A force de se concentrer sur l'étiquette, on oublie l’essentiel : l’enfant qui est devant nous.
Pas n’importe quel enfant. Celui en face de nous. Celui qui est unique.
Le diagnostic est en fait seulement un outil, une sorte de cliché instantané. Même si l’on précise que c'est “à vie”, cela ne change rien à l’individualité de l’enfant ni à ses particularités. Des heures de tests et un bout de papier ne peuvent pas réduire qui il est et ce que sont ses particularités.

Des adaptations et aménagements qui ne fonctionnent pas
La première difficulté est d'obtenir ces adaptations et aménagements !
Tout parent concerné sait qu'il entame un "parcours du combattant" : d’abord trouver les professionnels pour établir le diagnostic, puis demander que les aménagements nécessaires soient mis en place. Et si l’enfant n’est pas reconnu en situation de handicap, tout devient encore plus compliqué.
Les parents scolarisant leurs enfants savent bien que plus le profil de l’enfant est complexe, plus il est difficile d’obtenir les aides prévues.
Et pourtant, même lorsque tout est mis en place, ça ne suffit généralement pas !
"La folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent". Citation attribuée à Albert Einstein
Une citation que je reprends fréquemment.
Moi aussi, j'ai cru longtemps qu'il suffisait d'accorder plus de temps pour les apprentissages, de simplifier certaines demandes ou d'y aller étape par étape. La plupart du temps, c'est faux.
Pourquoi ?
L’approche de fond reste souvent strictement identique.
On part du général et on oublie l’individualité de l’enfant.
L'individu est particulièrement essentiel pour certains profils neurodivergents, notamment pour les profils autistiques car les différences sont souvent conséquentes.
Par exemple, là où un enfant aura besoin de calme, un autre aura besoin de stimulations.
Pour mettre en place les bonnes adaptations et les bons aménagements, il faut donc connaitre L'enfant concerné et dépasser largement l'étiquette.
C'est pourquoi, je plaide pour un centrage sur les besoins réels et non sur un diagnostic.

Comprendre l'enfant, entendre les besoins : la seule approche durable
Au-delà des difficultés qui peuvent expliquer des difficultés scolaires et que j'évoquais dans mon article du 5 novembre 2024, difficultés qui peuvent s'ajouter à un profil particulier, il est essentiel de découvrir non seulement les faiblesses, mais aussi les points forts de l'enfant.
L'idée est de comprendre son mode de fonctionnement, et non de se limiter à ce qu'un diagnostic révèle.
Bonne nouvelle : un diagnostic peut parfois mettre en lumière certaines faiblesses, mais aussi des points forts (dans le cas d’un HQI relevé). Les conseils des professionnels constituent souvent un premier repère précieux.
Autre bonne nouvelle : par l'observation et l'expérience, nous pouvons observer et apprendre nous-mêmes beaucoup sur les forces et difficultés de notre enfant.
Pourtant, la réalité n’est pas toujours simple. Si, comme moi, vous êtes parent d’un enfant à profil complexe capable de donner partiellement le change, vous pourriez “tomber de haut” en découvrant certaines difficultés, et parfois certaines forces inattendues.
Ainsi, même en étant une maman ultra-attentive, j’ai découvert que ma fille ne savait pas identifier les émotions à l’adolescence, ayant masqué jusque-là. De même, savoir que ma cadette était dyspraxique ne m’avait pas indiqué qu’elle aurait besoin d’une canne pour se déplacer, mais que sa dyspraxie ne l’empêchait pas de se repérer. Masquage ou particularités : tout est toujours individualité.
Mon expérience personnelle, d’abord en tant que fille différente, puis en tant que maman d’enfants différents, m’a donc appris l’importance d’une observation fine, au-delà des apparences.
Ce n'est pas un exercice facile, et c’est pour cette raison que j’ai choisi d’en faire mon métier, de créer Le Monde de Mei et Noé, et de me centrer sur des apprentissages différents avec une approche suffisamment souple pour que celle-ci bénéficie à d’autres enfants et familles.
Et vous, comment observez-vous les forces et besoins particuliers de votre enfant ? Quels petits indices pourraient vous aider à mieux comprendre son fonctionnement unique ? Chaque enfant est différent, et c’est en les regardant vraiment que l’on peut adapter nos accompagnements de façon durable.
Images Pexels

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