Aménagement pour l’hypersensorialité : Guide complet pour créer des espaces apaisants à la maison et à l’école
- Isa LISE

- 18 nov. 2025
- 16 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 nov. 2025

L’hypersensorialité concerne de nombreux enfants et adultes. C'est un sujet que nous connaissons bien dans le Monde de Mei et Noé puisque deux d'entre nous sont concernées. Lorsqu'un de nos sens est particulièrement sollicité, on perçoit le monde de façon plus intense et régulièrement, cette intensité peut être douloureuse et épuisante. Il est donc essentiel d'aménager l'espace afin de limiter les sources de fatigue et de stress.
Que ce soit à la maison ou à l’école, créer des espaces apaisants permet non seulement de réduire les surcharges sensorielles, mais aussi de favoriser la concentration, la détente et le bien-être au quotidien. Ce guide complet vous propose des conseils pratiques, des astuces concrètes et des stratégies éprouvées pour transformer chaque pièce ou environnement en un lieu serein, adapté aux besoins hypersensoriels.
Vous découvrirez comment :
Comprendre les spécificités de l’hypersensorialité et ses impacts sur le quotidien
Les 5 Fondamentaux de l'aménagement sensoriel apaisant pour réduire le stress
Les Espaces clés de la maison : apaiser le quotidien et favoriser la détente
Aménager l'espace d'apprentissage (Ecole ou IEF) pour soutenir la concentration et le calme
En suivant ce guide complet pour l'aménagement des espaces en lien avec l'hypersensorialité, chaque parent, enseignant ou professionnel pourra créer des espaces apaisants, pensés pour les personnes hypersensibles, et favoriser un quotidien plus serein et harmonieux.
Comprendre les spécificités de l’hypersensorialité et ses impacts sur le quotidien
Qu'est-ce que l'hypersensorialité ?
Traditionnellement, on identifie cinq sens : ouïe, vue, odorat, goût et toucher. On considère également deux sens internes essentiels : le proprioceptif (perception de la position des membres dans l'espace) et le vestibulaire (équilibre et mouvement). Ceux-ci sont notamment évoqués par le Dr Anna Jean Ayres, pionnière de la théorie de l'intégration sensorielle, un concept central lorsqu’on cherche à adapter l’environnement sensoriel aux besoins individuels.
Lorsqu'il y a hypersensorialité, la personne concernée perçoit davantage les stimuli, tout en peinant à traiter l'information reçue, ce qui peut entraîner une surcharge sensorielle si l’environnement n’est pas adapté.
Exemple avec une personne hypersensible auditivement : celle-ci est rapidement affectée par certains bruits. L'hypersensorialité auditive n'est donc pas une "super ouïe" : elle correspond à un traitement sensoriel difficile du sens concerné.
Le système nerveux s'en trouve affecté.
Impacts de l'hypersensorialité sur le quotidien
L’hypersensorialité entraîne souvent une fatigue accrue, de l’anxiété, une concentration plus difficile et même, parfois, des comportements défis si elle n’est pas gérée à travers des stratégies de régulation sensorielle ou un aménagement sensoriel apaisant. Elle peut également avoir un impact important sur la confiance en soi et sur les apprentissages.
Côté relations sociales, certaines formes d'hypersensibilité peuvent compliquer la vie en groupe. Par exemple, une personne hypersensible auditivement peut difficilement supporter le brouhaha d’un groupe ou même certaines musiques, ce qui peut la conduire à s’isoler.
Pour M., cette adaptation a été essentielle. En effet, un déménagement dans une maison mal conçue ajouté à un trop long masking autistique et des évènements difficiles ont provoqué un sévère burn out au point où elle était sous tension en permanence et ne pouvait plus rien gérer. Un changement complet d'habitat a été nécessaire pour retrouver un équilibre sensoriel. Avant, son système nerveux était en alerte constante, aucune sollicitation sensorielle n'était gérée ! Après, elle a pu gérer de nombreuses situations de sollicitation sensorielle.
Un changement complet est rarement indispensable ainsi. Parfois de simples ajustements suffisent. Vous pouvez ainsi commencer par de petites modifications, puis voir si d'autres sont nécessaires. Quelques éléments clés peuvent tout changer !
Il est cependant essentiel de limiter la fréquence et l’intensité de ces impacts afin de mieux supporter les situations incontournables.
Sans donc que l'hypersensorialité soit réservée aux personnes avec TSA, le CRA Alsace a précisé dans un document de 2017 : "L’aménagement de l’environnement sensoriel est un préambule indispensable à toute forme de soins ou d’éducation pour les personnes avec autisme, quel que soit leur niveau."
Identifier les besoins sensoriels spécifiques
Ces besoins peuvent concerner aussi bien les adultes que les enfants. Ils sont particulièrement courants chez les personnes autistes, où les difficultés sont souvent accrues par un problème de régulation émotionnelle.
Bien que plus fréquents chez les personnes avec TSA, ces besoins sensoriels spécifiques ne concernent pas uniquement les personnes autistes.
Il s’agit d’observer et d’écouter. Quelques pistes d’exploration (non exhaustives) :
Y a-t-il une forte réactivité à la lumière ?
Y a-t-il une grande sensibilité aux sons ?
Pour explorer sa sensibilité ou celle de son enfant, on peut utiliser des tests gratuits, comme :
Test HSP :
L’ouvrage : Olga Bogdashina, Questions de perception sensorielle dans l’Autisme
Moins connus et plus difficiles à identifier :
Hypersensibilité vestibulaire (hyper-réactivité vestibulaire) :
Les mouvements ordinaires peuvent être perçus comme menaçants ou douloureux.
La personne peut craindre certains mouvements (sauter, courir, monter un escalier).
Elle se sent souvent en déséquilibre, même assise.
Elle compense souvent par de la rigidité et est régulièrement maladroite.
Le mal des transports est fréquent.
Hypersensibilité proprioceptive :
Certaines personnes (TSA, TDAH, troubles d’intégration sensorielle) peuvent se sentir “flottantes” ou "détachées" de leur corps.
Elles ont besoin de stimulations plus fortes ou d’être contenues/entourées pour mieux ressentir leur corps.
L’enfant peut “foncer” dans les meubles ou les personnes, avoir besoin de manipuler un objet rassurant, de bouger ou sauter.
Si le système vestibulaire est hypersensible, certains mouvements peuvent cependant être redoutés.
Comprendre son profil sensoriel est la première étape pour aménager son environnement et réduire fatigue, anxiété et surcharges. Observer ses réactions, tester sa sensibilité et réaliser une analyse multi-sensorielle précise permettent d’adapter la maison et le(s) lieu(x) d'apprentissages. Un ergothérapeute, un psychomotricien, un neuropédiatre ou un pédopsychiatre peuvent se révéler indispensables pour y voir plus clair lorsque les difficultés sont particulièrement conséquentes.
Les 5 Fondamentaux de l'aménagement sensoriel apaisant pour réduire le stress
Nous vous proposons à présent de découvrir les fondamentaux afin d'aménager les différents lieux pour les différentes hypersensorialités. L'hypersensibilité gustative ne sera toutefois pas citée puisqu'il n'y a pas de lien avec l'aménagement.
Chacune des adaptations suivantes aidera à mieux gérer le stress donc l'anxiété, mais aussi la fatigue et la régulation émotionnelle car être apaisé dans son environnement habituel, c'est disposer de suffisamment de forces pour le reste des challenges à relever.

1- Maîtriser la lumière, les couleurs et l'encombrement pour l'aménagement en cas d'hypersensorialité
En cas d'hypersensorialité visuelle, il sera important de prêter attention à la lumière et aux couleurs.
On privilégiera ainsi la lumière naturelle et on évitera les lumières fortes qui éblouissent.
Les néons et lumières clignotantes seront donc généralement à proscrire.
Au contraire, des ampoules à lumière chaude permettront un meilleur confort.
Des rideaux et stores permettront également de limiter l'entrée de la lumière lorsque ce sera utile.
De plus, on choisira des couleurs apaisantes (pastelles ou neutres) et on évitera les contrastes et reliefs qui créent des situations de surcharge sensorielle.
On privilégiera également des bâtiments aux formes harmonieuses et douces. Ainsi une recherche (Architectural Form and Affect : A spatiotemporal Study of Arousal) a indiqué que les espaces complexes, courbes ou aux formes dynamiques peuvent augmenter significativement le niveau d'activation du système nerveux.
De la même façon, on évitera les ruptures de rythme : on évitera ainsi les petits carreaux si carrelage, les mélanges de couleurs opposées, les associations disparates de motifs, etc.
Enfin, il est utile de limiter l'encombrement afin que le regard ne soit pas constamment sollicité.
2- Gérer les sons
En cas d'hypersensibilité auditive, on prêtera particulièrement attention à la gestion des sons.
Tout d'abord on limitera les sources sonores répétitives et crispantes (bruits de ventilation, circulation routière, appareils électroménagers bruyants).
On réfléchira également au positionnement des pièces afin de ne pas placer la chambre d'une personne hypersensible à côté des pièces bruyantes, en particulier, de la buanderie, du garage, des toilettes ou de la cuisine.
On choisira également une bonne isolation phonique et la mise à disposition de zones calmes.
Dans certaines situations, un casque pourra être proposé.
Deux particularités à prendre en compte concernant ce choix : d'une part, le casque ne convient pas à toutes les personnes souffrant d'hypersensibilité auditive, certains préfèrent des bouchons d'oreille quand d'autres ne supportent ni casque ni bouchons ; d'autre part, il peut être important de ne pas porter trop longtemps le casque en milieu "soft" au risque sinon de ne plus être coupé du bruit lorsqu'on en a vraiment besoin. Exception dans ces particularités : le besoin de porter un casque pour se rassurer, ce qui est le cas d'un certain nombre de personnes TSA.
3- Adapter textures, matériaux et ambiances olfactives
En cas d'hypersensibilité tactile, on prêtera attention aux tissus et matériaux utilisés.
On privilégiera ainsi les tissus et matériaux doux ou neutres.
On évitera les surfaces irritantes et dures et les matériaux rigides.
En cas d'hypersensibilité olfactive, on limitera les parfums forts. On sélectionnera aussi des produits ménagers peu odorants et à l'odeur apaisante (parfum le plus naturel possible).
De la même façon, peintures, tapisseries, meubles et autres matériaux seront choisis pour leur odeur la plus neutre possible.
En cas de meuble nouveau dans une pièce fréquentée par la personne concernée, on placera le meuble dans une autre pièce le temps qu'il s'imprègne de l'odeur de la maison et si c'est un meuble neuf, on l'aérera au maximum en le plaçant à l'extérieur chaque fois que c'est possible.
On évitera également les huiles essentielles s'il y a hypersensibilité olfactive.
Une étude (Sensory Responsive Environments) montre ainsi l'impact du bruit, de l'éclairage artificiel, des odeurs et des matériaux sur le bien-être sensoriel des personnes autistes,
4- Prendre en compte le mouvement et l'espace
En cas d'hypersensibilité proprioceptive, on prévoira des espaces de "contenance" tels que des coussins, des cocons dans lesquels se lover, des fauteuils suspendus, une petite tente, des objets à manipuler, etc.
En cas d'hypersensibilité vestibulaire, on assurera la sécurité des déplacements en laissant de larges espaces de circulation, en évitant l'encombrement et les coins pointus des meubles.
Idéalement, on prévoira un espace suffisant pour bouger librement, on pourra également opter pour un rocking-chair qui privilégie des mouvements lents et prévisibles.
5- Organiser et limiter la surcharge sensorielle
Quelle que soit la ou les particularité(s) sensorielle(s) (une hypersensibilité est très fréquemment multiple), il importe de bien organiser l'espace et d'opter pour une moindre sollicitation sensorielle pour le sens concerné.
L'imprévisibilité tend à amplifier l'hypersensibilité car le système nerveux passe alors en mode alerte. Si le système nerveux est trop souvent alerté, l'angoisse grandit et des tensions nerveuses apparaissent.
Une autre dimension essentielle consiste à permettre à la personne hypersensible de contrôler son environnement sensoriel. Le sentiment de pouvoir ajuster la lumière, le son, la place où l’on s’installe ou la possibilité de se retirer en cas de surcharge diminue fortement l’état d’alerte du système nerveux.
C'est d'autant plus important que chaque personne est unique et qu'hypersensorialité et hyposensorialité peuvent concerner une même personne. Les profils individuels sont rarement linéaires.
Cette capacité d’agir, même sur de petits détails, renforce la sécurité intérieure et réduit l’anxiété.

Les Espaces clés de la maison : apaiser le quotidien et favoriser la détente
Entrons maintenant dans la maison pour aménager chaque pièce de façon à favoriser l’apaisement sensoriel et une meilleure régulation émotionnelle.
Sans reprendre les conseils généraux de la partie précédente, nous proposons ici des conseils ciblés pour chaque espace. Bien entendu, nos propositions ne sont pas exhaustives : il est essentiel de partir des besoins de la personne concernée.
1- La chambre : le coeur du calme et du ressourcement
La chambre est le lieu le plus stratégique sensoriellement, car c’est un espace de repos et de ressourcement.
L'idéal est une chambre individuelle lorsque l'enfant est hypersensible, c'est en particulier vrai s'il a une hypersensorialité auditive. Si ce n'est pas possible, il est essentiel de lui créer son espace et de mettre en place certaines règles de vie pour un bien vivre ensemble et un équilibre sensoriel suffisant. Une petite cabane refuge peut également s'avérer essentielle.
Pour l’apaisement des sens :
👓Couleurs claires ou pastelles
👓🖐🏻Fenêtres idéalement orientées au nord ou à l’est pour éviter chaleur et lumière trop intense
👓Gestion de la lumière : volets et rideaux modulables pour permettre à l’enfant de réguler l’entrée de la lumière
👓 Éclairage doux : lumière chaude et lustre visuellement reposant
👂🏻🦶🏻 Sol : revêtement non bruyant et uni ; si impossible de retirer le carrelage, ajouter des tapis stables (attention à la stabilité pour l’hypersensibilité vestibulaire/proprioceptive)
👓🖐🏻Mobilier : contours doux, couleurs pastelles ou neutres, visuel harmonieux
👃🏻Odeurs : meubles ou textiles aux senteurs rassurantes, aérer régulièrement
🛌Pour illustrer, je partage mon expérience : j’ai une hypersensorialité olfactive et je partage ma chambre avec mon mari. Côté lessive, j'ai choisi une odeur plutôt neutre et réconfortante. Frotter mon nez contre mon oreiller m'apaise. Autre point surprenant pour ma famille : l'odeur de mon petit chien m'apaise énormément. Mon chien est presque constamment contre moi donc son odeur fait partie de mon environnement familier et comme c'est quelque chose d'habituel, de quasi-permanent, cela m'apaise. Au contraire, mon mari n'est pas constamment avec moi donc je dois composer "son odeur est dans l'environnement, son odeur n'y est pas", c'est plus déstabilisant.
2. Le salon et les espaces communs : limiter les sollicitations et favoriser le confort
Salon et espaces communs sont des lieux facilement propices à la surcharge sensorielle.
Ces espaces sollicitent de multiples sens, car ils nécessitent de partager la vie familiale et sont souvent très lumineux et chauds.
Faute d'une gestion sensorielle suffisante, certains d'entre nous peuvent choisir de s'isoler dans leur chambre.
🛋️ Léo ne partage plus de temps avec sa famille. Etre dans le salon est trop compliqué : trop de bruit, trop d'odeurs, trop de lumière, trop de mouvements.
Quelques solutions pour vivre ensemble :
👓Choisir des couleurs et matières harmonieuses
👓👂🏻Gérer luminosité et bruit (rideaux, moments calmes)
👓 👂🏻🦶🏻 Agencer les meubles pour faciliter la détente (éviter notamment le canapé au milieu car on ne sait pas "ce qui peut se passer")
🖐🏻Prévoir un espace calme avec coussins et couvertures
🖐🏻🦶🏻 Pour certains, un objet attitré et réservé (chaise, rocking-chair) rassure
👓🦶🏻👃🏻Plantes : effet relaxant, mais en fonction des besoins, limité à une zone pour éviter la surcharge sensorielle
3. La cuisine : un lieu très stimulant à réguler
La cuisine est un véritable "hotspot sensoriel" et un lieu social (ce qui est un point essentiel à prendre en compte si la personne est autiste).
Pour cette partie, nous vous proposons une illustration en images.

Avant : ma cuisine cumulait les défauts : couleurs sombres, aspect massif donc écrasant, encombrement dès l'entrée (partie à droite), très faible luminosité, petits carreaux, portes bruyantes et résistantes à la traction, crépi anxiogène aux murs car matériau incertain, etc.

🥮Désormais ma cuisine est une pièce essentielle de notre maison et finalement un lieu de détente. En effet, 👓elle est passée de sombre à lumineuse grâce aux teintes des meubles, mais aussi à 👓 l'ajout de parties vitrées et 👓🦶🏻au choix de grands carreaux unis collés au mur. 🖐🏻Côté tactile, le plan de travail est doux au toucher et 🦶🏻👂🏻les portes sont souples. 🦶🏻👓De plus, l'encombrement à l'entrée n'existe plus.
🦶🏻 Enfin le large plan de travail et l'ajout d'une table ronde permettent une circulation facile.
Cette transformation réduit les stress sensoriels et permet une meilleure gestion émotionnelle dans un espace très sollicité.
4. Salle de bain et WC : des espaces souvent négligés mais importants
Dans ces pièces, odeurs, sensations tactiles (contact de l'eau, des serviettes, de la lunette des toilettes, etc.), bruits, reflets, gestion des mouvements et de l'équilibre sont très présents. Concernant la salle de bain, on peut même ajouter le goût lorsqu'il s'agit de se laver les dents.
Il n'est donc pas étonnant que de nombreuses personnes hypersensibles y rencontrent des difficultés. Mais commençons par un témoignage.
🛀🏻"Dans une salle de bain, il serait intéressant [...] qu’il y ait des WC séparés (pour les odeurs).", témoignage d'un jeune homme avec TSA.
Voici donc quelques pistes d'adaptation :
👄hypersensorialité gustative : utiliser des récipients agréables (verre, porcelaine) et, si besoin, de l’eau en bouteille
👃🏻hypersensorialité olfactive : idéalement deux pièces distinctes, aérer régulièrement, parfums doux si utiles
👂🏻hypersensibilité auditive, mousseur au robinet pour diminuer le débit et donc le bruit, appareils peu bruyants et idéalement ne pas placer le chauffe-eau dans la salle de bain.
👓hypersensibilité visuelle : éviter la multiplication des miroirs et des reflets
🖐🏻hypersensibilité tactile : serviettes douces, adoucissement de l’eau si calcaire, possible abattant en bois ou matière douce pour les WC (plus doux et chaud).
🦶🏻hypersensibilité vestibulaire : carreaux non glissants, tapis de douche, abattant coloré pour des repères visuels et texturaux, marchepied avec surface légèrement rugueuse et pieds parfaitement stables pour les WC.
🦶🏻hypersensibilité proprioceptive : serviettes épaisses et lourdes, gants ou brosses à picots, espaces dégagés et non encombrés.
5. Les zones de transition (couloirs, entrées, escaliers)
Ces zones sont transitionnelles. En principe, on n'y reste pas. Cependant, ce sont des espaces fréquemment utilisés à commencer par le hall d'entrée.
Hall d’entrée : créer un sas de décompression pour éviter la surcharge dès l’arrivée
Couloir : limiter l’écho, parler doucement, ajouter des objets qui absorbent les sons (petit meuble, tableau, etc.) et des objets de détournement correspondants à la personne (exemples : prismes, carillons)
🌈Exemple : dans notre long couloir, un petit siège avec coussin ourson et un prisme arc-en-ciel en forme de colibri (ou suncatcher/attrape-soleil) permettent de réduire le stress et de gérer les sons, l'hypersensorialité visuelle tout en répondant à l'attrait de notre fille pour les jeux de lumière (objet d'attrait et détournement). De plus, un petit carillon à l'entrée apaise grâce aux sonorités douces qu'il propose.
Aménager l'espace d'apprentissage (Ecole ou IEF) pour soutenir la concentration et le calme
Un questionnaire mené par l'association Asperansa auprès d'adultes autistes a ainsi établi que 55 % des répondants souhaiteraient que leur poste de travail soit adapté "en matière de lumière, de son et d’espace". Cela souligne à quel point il est indispensable d’aménager correctement l’espace d’apprentissage des enfants, que ce soit à l’école ou en IEF.
À l’école ou dans un espace d’étude partagé, on veillera :
👂🏻 à favoriser des matériaux non bruyants et isolants,
👓 des couleurs unies,
👓🦶🏻 un espace organisé, rangé et plutôt épuré,
👓 une lumière contrôlée,
🖐🏻 des matières douces,
👂🏻🦶🏻 et des meubles solides (pour éviter les glissements, grincements ou bruits au moindre mouvement).
👓👃🏻🖐🏻👂🏻🦶🏻 à proposer un espace de relaxation sensorielle pour les enfants ayant une hypersensorialité importante. L’idéal ? Une petite pièce inspirée de l’approche Snoezelen, permettant détente, apaisement psychique et régulation émotionnelle. Si cela est impossible : au minimum, l’accès à un lieu isolé où l’enfant peut se ressourcer.
👂🏻🦶🏻 à informer les camarades de l'enfant afin qu’ils évitent les mouvements brusques susceptibles de surprendre ou de déréguler un enfant hypersensible.
👃🏻🖐🏻👂🏻🦶🏻à choisir la place la plus tranquille possible (premier ou dernier rang, extrémité d'un rang).
👂🏻à régler la sonnerie afin qu'elle ne soit pas trop forte et idéalement on la remplacera par un autre son (musique par exemple).
👓🦶🏻à autoriser la casquette ou le bonnet (certains enfants en ont besoin pour filtrer la lumière, d'autres pour stabiliser leur système proprioceptif.)
👂🏻à proposer un casque anti-bruit (s'il est toléré)
👓à proposer des lunettes semi-teintées si nécesaire.
👃🏻à être attentif aux odeurs dans la salle de classe : une hypersensorialité olfactive combinée à l’odeur forte d’un voisin peut rendre la concentration presque impossible.
🎵Témoignage de Mélodie, jeune Taïwanaise, non hypersensible mais issue d'une autre culture : "Dans mon école, on n'a pas d'horrible sonnerie comme chez vous, ça me fait sursauter. Chez nous, on est avertis par des musiques douces."
Côté bureau, on privilégiera :
👂🏻🖐🏻🦶🏻un bureau stable et des outils scolaires faciles à manipuler
👂🏻🦶🏻un siège sans roulettes et très stable en cas de difficultés proprioceptives ou vestibulaires.
👓un ajustement de la luminosité, des contrastes et des polices sur l'écran utilisé
Adapter l’aménagement à chaque enfant
Chaque enfant possède un profil sensoriel unique.
Par exemple, un même enfant peut être à la fois hypersensible au son, hypersensible proprioceptivement et avoir un TDAH.
Dans ce cas, un besoin de mouvement fort doit être respecté : possibilité de se déplacer, ou, à défaut, installation d’un élastique entre les pieds de la chaise pour bouger sans déranger.
En conclusion
Aménager un espace régulièrement utilisé est indispensable lorsque l’on a des particularités sensorielles.
On pourrait craindre qu’en aménageant trop, on rende la personne moins tolérante aux stimulations. C’est faux.
Nombre d'entre nous ont trop compensé et en ont payé le prix, parfois très salé.
On ne peut pas tout contrôler : il y aura toujours des sollicitations imprévisibles.
L’important est d’adapter l’environnement en fonction des besoins, en tenant compte :
de l’hypersensorialité (forte ou modérée),
de la fatigue du moment,
et du contexte de vie de la personne, des défis actuels qu'elle relève.
Plus l’environnement soutient le calme, la sécurité et l’énergie disponible, plus la personne peut affronter l’imprévu et des défis adaptés avec confiance et énergie suffisante.
Si vous souhaitez partager votre expérience, n'hésitez pas à le faire en commentaire.
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Sources de notre guide complet pour créer des espaces apaisants à la maison et à l'école :
Ayres, A.J. & Robbins, J., Sensory Integration and the Child)
Neurobiology of Sensory Overresponsivity in Youth With Autism Spectrum Disorders — Shulamite A. Green, Leanna Hernandez, Nim Tottenham, Kate Krasileva, Susan Y. Bookheimer & Mirella Dapretto. JAMA Psychiatry. 2015; 72(8): 778-786
Sensory over-responsivity and atypical neural responses to socially relevant stimuli in autism — A. H. Than, G. Patterson, K. K. Cummings, J. Jung, M. E. Cakar, L. Abbas, S. Y. Bookheimer, M. Dapretto & S. A. Green. Autism Research. 2024.
The association between sensory processing and stress in the adult population: A systematic review
The Impact of Atypical Sensory Processing on Adaptive Functioning and Maladaptive Behaviors in Autism Spectrum Disorder During Childhood: Results From the ELENA Cohort, Florine Dellapiazza, Nathalie Blanc, Amaria Baghdadli, Cécile Michelon, Marie-Christine Picot, et al.
Autisme & sensorialité : Guide pédagogique et technique pour l'aménagement de l'espace, CRA Alsace- Association Adèle de Glaubitz / Centre Hospitalier de Rouffach (collectif de psychologues)
Test HSP (gratuit) : https://hsptest.org/fr
Test IDRlabs HSP : https://www.idrlabs.com/fr/hypersensibilite-pss/test/php
Olga Bogdashina, Questions de perception sensorielle dans l'Autisme et le Syndrome d'Asperger
Dunn, Winnie (1997). "The Impact of Sensory Processing Abilities on the Daily Lives of Young Children and Their Families: A Conceptual Model.” Infants & Young Children
Vestibular et perception multi-sensorielle, Zélie Britton & Qadeer Arshad, Vestibular and Multi‑Sensory Influences Upon Self‑Motion Perception and the Consequences for Human Behavior. Frontiers in Neurology, 2019
What You Are Hiding Could Be Hurting You: Autistic Masking in Relation to Mental Health, Interpersonal Trauma, Authenticity, and Self-Esteem — Joshua A. Evans, Elizabeth J. Krumrei-Mancuso, Steven V. Rouse
Jodie Smitten (2022), Masking in Autistic Children : The Child's Voice
Mostafa, Magda (2014). “Architecture for Autism: Autism ASPECTSS™ Design Index.” Intelligent Buildings International.
Xylakis, Emmanouil ; Liapis, Antonios ; Yannakakis, Georgios N. Architectural Form and Affect: A Spatiotemporal Study of Arousal. 2021
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Questionnaire de l'association Asperanza (2017-2018), Besoins des adultes autistes
Pascal Martin et Élise Martin, L'approche Snoezelen chez l'enfant, Publié dans la revue Perspectives Psy, 2022/1 Vol. 61, pages 62 à 73
Droits : Photographies Pexels
Schéma système nerveux: Shigeru23, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons
Schéma du monde de Mei et Noé réalisé avec Canva




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