L'Éducation positive réaliste de Stella Amiard : un livre pour déculpabiliser
- Isa LISE

- il y a 2 jours
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Dernière mise à jour : il y a 1 jour

Devenir parent est à la fois une des plus fabuleuses expériences de la vie et une des plus anxiogènes ! Ces dernières années, je constate d'ailleurs que les parents sont de plus en plus nombreux à être angoissés.
Lorsque j'ai découvert L'Éducation positive réaliste dans la Masse critique de Babelio, j'ai tenté ma chance. Aujourd'hui, je vous propose de découvrir pourquoi il peut vous permettre de déculpabiliser et retrouver de la sérénité pour accompagner au mieux votre enfant.
Dans cet article, je vous propose :
Avis général sur L'Éducation positive réaliste
L'expression "éducation positive" suscite des débats depuis quelques années déjà. Après tout, s'il existe une éducation « positive », cela sous-entend-t-il qu'il en existerait une « négative » ?
L'un des atouts de cet ouvrage, c'est de ne pas opposer strictement les différentes approches éducatives, mais de parler de l'éducation dans une continuité historique abrégée avec l'éducation d'autrefois, puis l'éducation d'aujourd'hui.
Elle y partage à la fois ses remarques en tant qu'ancienne enfant, mais aussi maman et thérapeute afin de mettre en lumière des réussites et des limites pour chacune de ces approches. J'ai apprécié d'y découvrir ce triple éclairage qui, finalement, déculpabilise aussi les parents d'autrefois fortement critiqués de nos jours.
Mais finalement, il est également beaucoup question d'épuisement et de culpabilité, en particulier pour l'enfant d'autrefois souvent conditionné pour réprimer ses émotions et repousser ses limites. Devenu adulte, il culpabilise souvent à l'idée de reproduire un "mauvais comportement" pour son enfant, quitte en fait à s'épuiser encore plus !
Les troisième et quatrième parties s'intéressent aux défis rencontrés par les enfants d'aujourd'hui qui grandissent dans un monde changeant et souvent anxiogène.
Enfin, l'autrice conclut avec une poignée de conseils pratiques. Certains sont utiles et d'autres, moins. Nous y reviendrons dans la 2e partie de mon article.
Si vous culpabilisez souvent et si vous commencez votre réflexion sur ce que peut être une éducation positive réaliste alors cet ouvrage mérite votre attention.
Il comporte bien quelques redites, mais il est clair, réfléchi et globalement bien construit.
Analyse détaillée, partie après partie sur L'Éducation réaliste de Stella Amiard
Passons à présent à mon analyse détaillée dans laquelle je partage avec vous mon regard de professionnelle et de maman de jeunes femmes de 28 et 25 ans qui ont grandi avec une éducation bienveillante "réaliste".
Partie 1 : L'Éducation d'autrefois

Cette partie m'a semblé à la fois simpliste et essentielle.
Simpliste parce qu'elle réduit l'éducation d'autrefois à une éducation basée sur des valeurs, des traditions et des parents qui, globalement, pensaient agir au mieux.
Elle y replace un concept essentiel pour ce type d'éducation : la nécessité de l'autorité.
Sa principale limite, selon moi, est que l'autrice occulte en partie d'autres formes d'éducation plus anciennes et un bon nombre de violences éducatives (châtiments corporels et phrases dévalorisantes). En fait, j'ai clairement eu l'impression qu'elle parlait surtout de l'éducation qu'elle avait reçue.
Très souvent décriée, on oublie trop souvent que l'éducation à l'ancienne permettait aussi d'apprendre le sens du travail, de l'effort et du mérite ; la résilience ; l'autonomie et de disposer de la capacité à surmonter la frustration, des qualités que Stella Amiard remet à l'honneur.
Autre idée essentielle : elle explique que le cadre posé était en réalité rassurant pour l'enfant, en précisant :
"Mais ce cadre ne fonctionne que s'il est cohérent, c'est-à-dire stable dans le temps".
J'ajouterais "s'il est fondé" car un cadre posé par hasard ou par erreur n'est pas un cadre fait pour tenir.
Dans la continuité de la limite évoquée plus haut, elle est, selon moi, un peu utopiste lorsqu'elle précise que "c'était un petit système où chacun avait une place, un rôle, une utilité". Dans une famille aimante et attentive, oui. Beaucoup d'enfants ont pourtant eu le sentiment d'être dans un système hiérarchique avec certes des tâches à accomplir, mais sans "vraie place".
Stella Amiard cite cependant des limites à ne pas oublier qui ont fréquemment provoqué des difficultés "à s'écouter, à poser des limites ou à exprimer leurs besoins".
Autre force de l'ouvrage : elle parle ensuite à la fois de la transmission invisible (comportements parentaux transmis), du besoin de faire autrement que l'éducation reçue, des difficultés à le faire pour en arriver à l'éducation d'aujourd'hui.
Partie 2 : L'Éducation d'aujourd'hui

D'emblée, elle place le contexte et ça fait du bien : elle parle des parents épuisés et qui expliquent vouloir faire mieux que leurs parents afin que leurs enfants s'épanouissent.
Il est beaucoup question des craintes des parents de "mal faire" et de souffrances provoquées si c'était le cas.
Le poids de la culpabilité y apparaît de façon éclatante. Merci Stella de le montrer aussi bien.
Et puis les mots essentiels, des mots que j'ai moi aussi compris, il y a de cela plus de 25 ans :
"Or un enfant n'a pas besoin d'un parent parfait, mais d'un parent suffisamment stable pour contenir ses émotions".
Le piège étant ici de le comprendre comme "retenir ses émotions en tant que parent" alors qu'il s'agit de pouvoir accueillir ses émotions à soi et celles de son enfant.
Dans cette partie, elle met en valeur le piège dans lequel nous tombons souvent : celui de croire qu'un enfant qui teste est un enfant qui va mal ou conteste. Or, l'enfant nous teste souvent pour "vérifier si l'adulte [tient] encore debout".
Cela ne signifie pas que nous devons toujours être forts, nous pouvons signaler à l'enfant que nous sommes plus vulnérables à tel ou tel moment, mais que nous restons là pour lui.
Autre atout de l'ouvrage : elle évoque des travaux essentiels qui ont été menés afin de mieux comprendre les enfants. Puis, elle précise cependant que ceux-ci ont souvent manqué d'explications, ce qui a abouti à d'autres épuisements, mais aussi à un manque de limites parfois essentiel.
C'est pourquoi elle définit ce que devrait être l'éducation positive :
"L'autorité ne repose plus sur la peur, la domination ou l'intimidation, mais sur trois piliers souvent sous-estimés : la cohérence, la constance et la sécurité affective".
Le rejet de l'éducation à l'ancienne a très souvent abouti au rejet de l'autorité et de la place du parent. Or cela a créé bien plus de difficultés qu'on ne le pensait : sentiment de culpabilité et épuisement fréquent pour le parent, mais aussi manque de cadre et de sécurité intérieure pour l'enfant.
Aparté personnel : je lis des articles et ouvrages sur l'enfance depuis l'âge de 8 ans donc depuis 44 ans, je me suis occupée de nombreux enfants en plus des miens car j'ai très tôt joué les baby-sitters et ma mère était assistante maternelle.
J'avais 13 ans lorsque j'ai remarqué que le comportement de mon petit frère de 5 ans changeait. Cet enfant était un petit garçon plutôt facile, gentil, vif et généreux et tout à coup, il devenait autoritaire car élevé sans entendre le moindre "non", y compris de moi. J'avais alors changé d'attitude pour lui permettre de mieux prendre en compte les autres.
Ce comportement, je l'ai ensuite observé chez bien d'autres enfants. La scène qui m'a le plus marquée est celle d'un petit garçon de 6 ans qui n'avait pas supporté que mon enfant de 7 ans le contrarie, il avait alors saisi une petite table d'enfant et l'avait jetée sur elle. Ma fille a eu de la chance : elle a "seulement" eu un bleu au visage. La maman n'a rien dit, rien expliqué, rien repris. Le petit garçon, toujours aussi en colère, a continué de jeter des objets. J'ai choisi de nous éloigner et de partir. Puis, j'ai soigné le visage et accueilli les émotions de mes enfants.
Un cadre posé est essentiel pour tous. Poser des limites, c'est protéger l'enfant et les autres.
Être parent, c'est comprendre les émotions de chacun : la frustration de cet enfant comme la peur qu'avaient ressenti mes filles. Dire stop, signaler que le comportement n'est pas acceptable, ce n'est pas s'estimer supérieur à l'enfant, c'est protéger chacun et jouer son rôle d'adulte car l'enfant, lui, a encore un cerveau qui a besoin d'acquérir un peu de maturité.
Partie 3 : Grandir dans le monde d'aujourd'hui, un défi inédit

Dans cette 3e partie, l'autrice évite le piège fréquent visant à rendre les parents responsables de tout et elle précise les particularités du monde d'aujourd'hui qui peuvent influencer le développement des enfants :
les injonctions contraires, par exemple : "exprime toi, mais pas trop fort" ;
les sollicitations incessantes que ce soit celles de notre monde moderne en perpétuel changement, les écrans ou bien une envie de bien faire en proposant de (trop) nombreuses activités ;
la "génération COVID" interpellant sur des conséquences du port du masque et l'impact négatif de l'école à la distance. Je nuancerais cette partie car certains ont ainsi découvert une autre façon d'apprendre essentielle pour eux.
la banalisation de la violence. Elle rapporte ainsi l'exemple d'un garçon de 6 ans estimant qu'il était normal de taper lorsqu'on est agacé puisque "tout le monde fait ça".
Remarque personnelle : Par curiosité, j'ai regardé aujourd'hui les 10 films ayant rencontré le plus de succès sur Canal + : 5 d'entre eux mettent la violence au cœur de leur intrigue (le premier du classement étant un film reposant sur une chasse à l'homme). Ces œuvres ne sont pas destinées aux enfants, mais elles témoignent d'une place importante accordée à la violence dans notre environnement culturel, auquel les enfants sont forcément exposés d'une manière ou d'une autre. La question n'est donc pas seulement celle des contenus qui leur sont proposés directement, mais aussi celle de l'ambiance générale dans laquelle ils grandissent. De plus, certains jeux vidéos proposent de résoudre les conflits ou situations en "dégommant" tel ou tel personnage.
Fort heureusement, de plus en plus de personnes cherchent aussi à améliorer leur communication avec les autres et avoir des relations plus apaisées.
L'autrice veille cependant à déculpabiliser et rappeler que l'objectif n'est pas de tout bien faire, mais de faire de son mieux !
Et elle indique quelques conseils judicieux pour prendre en compte ces impacts et les limiter.
Point essentiel : elle aborde à la fois la réalité du TDAH et de l'hypersensibilité tout en la nuançant et en expliquant que tous les enfants agités ne sont pas TDAH et que tous les enfants sensibles ne sont pas hypersensibles.
Partie 4 : Les adolescents dans le monde d'aujourd'hui

Les enfants grandissent, c'est donc tout naturellement que Stella Amiard leur a consacré une 4e partie. Très judicieusement, elle a évoqué :
la construction de soi tout en étant exposé sur les réseaux ;
les difficultés lorsque l'ado est seul face à son écran, sans en discuter avec un parent ;
la pression pour être beau et performant, fortement développée dans notre monde moderne ;
le harcèlement scolaire (C'est certainement la partie qui m'a le plus déçue. L'autrice insiste beaucoup sur l'importance de montrer à l'adolescent que son parent est présent et à son écoute, ce qui est évidemment essentiel. En revanche, les actions concrètes permettant de protéger un jeune victime de harcèlement sont quasi inexistantes. Or, lorsqu'un adolescent ne se sent pas en sécurité, l'écoute seule ne suffit pas : il faut aussi agir.) ;
la perte de motivation et l'importance de responsabiliser.
Selon moi, il aurait été utile de citer également les IA (Intelligences Artificielles) qui sont radicalement en train de changer la façon de voir le monde et d'y évoluer. Celles-ci présentent pourtant certains risques, notamment :
difficulté croissante à supporter l'incertitude, la recherche et le temps nécessaire pour construire une réponse ;
diminution de l'envie de fournir un effort intellectuel ;
limitation de la créativité lorsque l'IA créé à la place de l'adolescent ;
transmission possible d'informations erronées lorsque les réponses de l'IA ne sont pas vérifiées (de plus en plus de jeunes croient pouvoir se fier aux IA pour apprendre) ;
affaiblissement de l'esprit critique lorsque les informations ne sont pas vérifiées ;
perte de lien avec les autres car un nombre croissant de jeunes se confient à une IA ;
anxiété du futur (prendront-elles l'emploi dont je rêvais ?).
Les IA sont d'excellents outils, mais elles ne peuvent être utilisées sans apprentissage, sans esprit critique et sans limite.
Partie 5 : L'éducation réaliste : l'éducation des parents d'aujourd'hui

La 5e partie vise à indiquer les avantages de l'éducation réaliste, une éducation qui prend à la fois en compte les besoins des uns et des autres, qui autorise le droit à l'erreur et replace l'autorité au centre de l'éducation, mais de façon bienveillante.
Toutefois, j'ai souri en lisant que l'autrice avait "construit" sa propre méthode, à moins qu'elle ne parle de sa propre expérience maternelle. Les principes qu'elle présente ne sont pas réellement nouveaux : ils s'inscrivent dans une réflexion éducative déjà portée par de nombreux auteurs et parents depuis longtemps. Son mérite est plutôt de les rassembler, de les adapter aux défis actuels et de les rendre accessibles aux parents d'aujourd'hui.
Partie 6 : Le guide des parents réalistes : questions que tous les parents se posent et réponses concrètes
Cette dernière partie compte moins de 18 pages de conseils, puis propose références et bibliographie.
Les conseils m'ont souvent semblé trop succincts et imprécis.
Par exemple pour "Mon enfant ne veut pas écouter mes consignes", la réponse compte 6 lignes. On indique la consigne une seule fois clairement et si l'enfant n'écoute pas, on applique la conséquence prévue et on rappelle la règle lorsque le calme revient.
Pour ma part, j'aurais conseillé d'observer tout d'abord : l'enfant est-il en disposition pour écouter ? Pour un enfant TDAH notamment, on capte d'abord son attention, son regard. Certains ont besoin de consignes indiquées deux fois : la première fois, ils ne sont pas parvenus à la comprendre réellement. Parfois, il faut la reformuler ou demander à l'enfant de la reformuler pour s'assurer de sa compréhension.
S'il y a conséquence, celle-ci doit être connue à l'avance. Cela suppose donc que c'est ou une consigne habituelle ou bien une consigne nouvelle et qu'on aura averti de la conséquence.
Indiquer une conséquence précise aurait pu aider le parent à mieux cerner quelle conséquence peut être prévue. Par exemple : si ranger ses jouets n'est pas fait, on peut les placer dans un sac hors de portée durant un temps donné.
Maintenant, pour ma part, j'ai toujours négocié le rangement de plusieurs façons : jeux laissés en l'état dans leurs espaces avec passage pour accéder au lit ; sauf le samedi, jour du rangement. Aide pour les enfants qui ne savaient pas par où commencer. Bacs de couleur pour les différents types de jouets, etc.
Le cadre, oui, mais pas n'importe comment.
Conclusion
C'est un ouvrage utile pour les parents qui cherchent à déculpabiliser et à mieux comprendre ce qu'est l'éducation positive réaliste, le titre étant d'ailleurs plutôt bien choisi !
En revanche, ce n'est pas un livre qui suffira, à lui seul, à guider concrètement un parent confronté aux difficultés du quotidien.
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