Choisir l'IEF : Avantages, inconvénients et réalité de l'école à la maison
- Isa LISE
- il y a 3 jours
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Dans cet article, loin des clichés, nous vous proposons de découvrir les avantages et inconvénients de l'IEF (Instruction en famille) également appelée "école à la maison".
Lorsque mes filles apprenaient ainsi, comme toute famille sans école, nous avons entendu bien des clichés : "oh tu as trop de chance, tu es tout le temps en vacances" s'exclamaient les copains enthousiastes ; "elles ne sauront rien de la vraie vie" disaient les plus pessimistes. Grâce à mon bagage d'enseignante, j'ai échappé au "elles n'apprendront rien", mais j'ai eu droit au "il ne faut pas trop les pousser".
Alors, et si, ensemble, nous déconstruisions ces mythes pour découvrir la réalité, les joies et les défis de l'instruction en famille ?
Pourquoi choisir l'IEF ? Les grands avantages
L'instruction en famille a de nombreux avantages, nous vous en proposons une dizaine.
1 - Un rythme d'apprentissage respecté
Si l'enfant a besoin de plus de temps, il peut le prendre.
Si l'enfant a besoin d'aller plus vite et/ou d'explorer davantage, il le peut également.
Sa progression n'est pas linéaire ? Il n'apprend pas au même rythme en français et en maths par exemple ? Là encore, c'est possible !
2 - Un rythme physiologiques et biologiques écoutés
Que ce soit pour le sommeil, le repos lors des périodes hivernales plus éprouvantes ou simplement le fait d'aller aux toilettes à sa guise, l'instruction en famille suit le rythme naturel de l'enfant.
L'enfant a également la possibilité de bouger !
Bien des enfants peinent à se concentrer car le cadre scolaire leur impose l'immobilité. C'est ce qu'avait parfaitement compris Maria Montessori : un très grand nombre d'enfants ont besoin de se déplacer, de changer de position et de manipuler pour intégrer les notions. L'école à la maison leur offre cette liberté de mouvement indispensable.

3 - La possibilité d'apprendre en confiance
L'enfant bénéficie de l'attention et de l'amour de ses parents.
Or expériences et études en neurosciences démontrent combien le fait qu'un enfant se sente en sécurité affective avec son enseignant peut déterminer sa réussite ou ses échecs.
Ainsi, Mary Helen Immordino-Yang dans Emotions, Learning, and the Brain: Exploring the Educational Implications of Affective Neuroscience, explique qu'un climat de sécurité affective et une relation de confiance avec l'adulte sont les premiers déclencheurs biologiques de la réussite et de la mémoire chez l'enfant.
En veillant à valoriser ses réussites, le parent permet à l'enfant de progresser efficacement et sereinement.
4 - Apprendre pour soi, loin de l'obligation de performance
A la maison, loin des évaluations et des notes trop souvent inhibantes, l'enfant apprend pour lui.
Il ne se sent pas "écrasé" par l'obligation de réussite qui provoque trop fréquemment des phobies scolaires.
5 - Le temps d'explorer ses passions et de jouer !
L'enfant a besoin de moins d'heures dirigées pour assimiler les notions à connaître.
Il dispose donc de précieuses heures pour explorer ses passions, passions qui, parfois, deviendront son futur métier et qui lui permettent toujours d'exploiter de nombreuses compétences et ses talents.
Il dispose aussi tout simplement de temps libre pour jouer. Un besoin fondamental trop souvent sous-estimé.
6 - Un apprentissage sur-mesure
Face à son enfant unique ou à une fratrie, le parent peut chercher la meilleure méthode pédagogique pour SON enfant, tester, ajuster et s'adapter à chaque profil.
7 - Une fatigabilité diminuée pour les profils atypiques (DYS, TDAH, TSA, ...)
Lorsque l'enfant souffre de difficultés d'apprentissage et/ou est neuroatypique, l'école demande une compensation constante qui lui prend beaucoup d'énergie. De plus, des heures de suivi peuvent s'ajouter aux heures de classe. L'enfant est souvent fatigué, parfois épuisé.
À la maison, l'emploi du temps s'adapte totalement à son énergie du moment. L'enfant n'a plus le sentiment de devoir relever des défis insurmontables : sa confiance en lui est préservée.
8 - Une envie d'apprendre nourrie et préservée
En répondant aux souhaits d'exploration de l'enfant et à ses questions spontanées, sa curiosité est nourrie, son envie d'apprendre se maintient, revient et se décuple.
Ce n'est pas pour rien si mes filles ont finalement choisi de travailler avec moi dans le Monde de Mei et Noé. 😉
9 - Des liens familiaux profondément renforcés
Vivre l'IEF, c'est faire le choix d'une aventure collective. Passer du temps de qualité ensemble, partager des découvertes et accompagner des progressions crée une grande complicité familiale. Ce n'est pas pour rien si les familles en IEF qui ont de la bouteille préfèrent généralement le terme de "instruction en famille". On apprend, explore et grandit ensemble.

10 - La liberté de vivre hors des saisons imposées
Lorsque la famille apprend ensemble, on peut s'envoler à tout moment ! Nul besoin de calquer sa vie sur le calendrier scolaire : il est possible de voyager en toute saison et en faisant des économies ! On découvre ainsi le monde à contre-courant et parfois loin des chemins battus.
Les inconvénients et limites de l'école à la maison
Commençons par écarter d'emblée deux préjugés tenaces :
Le manque de socialisation : La socialisation, c'est notamment la capacité à respecter les valeurs d'une société. Or, ces compétences-là s'acquièrent avant tout en famille ! Il y a effectivement un défi relationnel en IEF, mais ce n'est pas celui-là, nous y reviendrons.
L'enseignement est un métier : C'est une réalité ! Enseigner à une classe de vingt ou trente élèves demande des compétences spécifiques. Cependant, l'instruction en famille n'est PAS l'enseignement scolaire. Pour avoir eu "une jolie formation" d'enseignante, je ne me suis pas du tout sentie préparée à ce que j'allais vivre, car l'univers des possibles en famille est bien plus grand. Accompagner SON enfant n'a strictement rien à voir avec le métier de professeur.
Pour vous aider à y voir clair, voici les 8 inconvénients ou limites de l'école à la maison.
1 - Défier le regard des autres
Selon moi, c'est l'inconvénient numéro 1. Énormément de clichés circulent et ils sont très difficiles à défaire. Lorsque nous avons commencé l'école à la maison il y a bientôt 20 ans, ils étaient étouffants. Nous étions une poignée de familles (environ 25 000 en 2014).
Puis, nous avons doucement fait bouger les lignes, témoigné et informé (j'ai d'ailleurs écrit deux ouvrages publiés à ce sujet*). En 2020, avec les confinements, l'IEF a suscité un véritable engouement. Mais aujourd'hui, avec la nouvelle loi, les préjugés sont revenus et les médias tendent à amplifier les aspects négatifs. Ce manque de compréhension de la part des proches ou de la société peut être un défi psychologique pas toujours simple à porter.
2 - Le défi des rencontres et contacts directs
Alors que nous étions en IEF, j'ai régulièrement pesté contre le cliché du "manque de socialisation" alors qu'on félicitait mes filles pour leur politesse et leur gentillesse. Pourtant, oui, il fallait veiller activement à créer des contacts réguliers.
Parce que nous étions seulement une poignée de familles et parce qu'au niveau collège, les enfants scolarisés auparavant très ouverts et très intéressés se sont fréquemment détournés. J'ai donc sillonné les routes pour leur permettre de rencontrer leurs amis.
Tout cela avait évolué grâce à une meilleure compréhension de l'IEF et un plus grand nombre d'enfants concernés.
Aujourd'hui, avec les limitations, les parents doivent de nouveau redoubler d'inventivité pour briser l'isolement en sélectionnant des activités extra-scolaires et en rejoignant des groupes de familles IEF.
3 - Le choix d'une autre gestion financière
Si toutes les catégories sociales, toutes les configurations familiales sont concernées, s'il est également possible que les deux parents travaillent, il est courant que la famille fasse des sacrifices financiers. Cela passe souvent par la réduction du temps de travail d'un des parents, ou le choix de mettre temporairement de côté ses revenus personnels pour se consacrer pleinement à l'instruction.
Cela n'est toutefois pas toujours vécu comme un sacrifice et la famille peut ainsi estimer que c'est un moyen de se concentrer sur l'essentiel et développer des compétences pour imaginer des économies et solutions alternatives (fait maison, échanges de maisons, etc.).
4 - Le défi de la motivation parentale et de l'énergie nécessaire
L'instruction en famille n'est pas faite pour toutes les familles.
J'ai adoré l'IEF parce que j'aime transmettre, parce que j'ai appris à lâcher prise et parce que j'ai adoré découvrir avec mes enfants. Mais chaque parent a des intérêts différents (mécanique, immobilier, etc.). Pour se lancer, il faut un minimum d'intérêt pour les apprentissages, car accompagner son enfant nécessite une grande présence.
Préparer l'instruction peut aussi parfois s'avérer chronophage. Et n'allez pas croire que choisir un cours par correspondance vous simplifiera la tâche. Ce n'est pas toujours vrai ! Nous avons testé une année de CNED : ce fut la pire année de notre IEF ! C'est l'année où j'ai perdu le plus de temps en préparation et adaptation pour des cours que ma fille détestait !
C'est pourquoi j'ai imaginé le Monde de Mei et Noé avec des kits thématiques (basés sur la pédagogie de projet) et des Programmes complets "clés en main".
5- Le défi de la relation parent-instructeur
Comme expliqué plus haut, le parent IEF n'est pas un enseignant. Cependant, il accompagne aussi les apprentissages et, en fonction des familles, cela peut générer des tensions.
C'est souvent le cas lorsque le parent démarre "bille en tête" en voulant reproduire l'école à la maison de manière trop rigide (horaires stricts, bureau, manuels austères), ou lorsque l'enfant arrive avec un bagage lourd (phobie scolaire, perte de confiance, rejet de l'autorité). Trouver la bonne distance entre le rôle de parent et celui d'instructeur demande du temps, du lâcher-prise et des ajustements pour éviter les rapports de force.
6 - La charge mentale ressentie
La charge mentale ressentie peut s'avérer conséquente, en particulier au moment des obligations administratives. Le risque de burn out parental augmente si on se sent isolé, si on vise le perfectionnisme, si on se compare trop souvent, si l'enfant présente un profil particulier ou si on manque de soutien.
Parce que c'est un sujet essentiel, je vous invite à lire mon article dédié : Comment instruire son enfant sans risquer un burn out ?.

7 - La difficile épreuve de la demande d'autorisation
C'est le plus gros point noir pour les parents d'aujourd'hui. Les articles de presse vous disent rarement la réalité vécue sur le terrain : la difficulté administrative à réaliser un dossier qui doit être individuel, motivé et démontrer l'intérêt supérieur de l'enfant. Cela demande des heures, voire des semaines de travail.
En effet, depuis 2022, il faut demander une autorisation (dossier déposé entre le 1er mars et le 31 mai de l'année d'instruction à venir).
La réponse est souvent aléatoire : un même dossier peut même être accepté dans une académie et refusé dans l'autre. En cas de refus, un véritable parcours du combattant commence : la famille dispose seulement de 15 jours pour faire un RAPO (Recours Administratif Préalable Obligatoire). Si le refus persiste, il faut saisir le tribunal administratif. Face à cette lourdeur, beaucoup de familles renoncent avant même le RAPO.
En 2021, 72 000 enfants étaient concernés. La cour des comptes dénombrait 30 644 enfants en 2024/25. Plusieurs propositions de loi pour un retour au déclaratif sont régulièrement déposées et en ce moment même, une mission d'information sur l'instruction en famille est organisée.
8 - Le stress des contrôles administratifs et pédagogiques
Ces contrôles existaient bien avant la nouvelle loi.
Ce stress existe en raison d'un possible non respect du cadre légal.
L'enquête de mairie (tous les 2 ans) est une simple vérification administrative visant à s'assurer des motifs et de la réalité de l'IEF. Elle est souvent menée en toute simplicité par un adjoint au maire ou un agent de la commune. Un guide juridique officiel a été rédigé par la Direction générale de l'enseignement scolaire et nous proposons une fiche et des questions pour bien en connaître les limites.
Le contrôle pédagogique de l'académie (annuel) se déroule bien la plupart du temps. Cela devient toutefois compliqué lorsque l'inspecteur perd de vue les choix pédagogiques de la famille et la progression personnelle de l'enfant, notamment si ce dernier a des besoins spécifiques. Pourtant, la loi permet ces particularités souvent indispensables à l'enfant.
La réalité de l'instruction en famille
L'instruction en famille ou école à la maison offre bien des visages. Dans notre communauté, nous avons coutume de dire qu'il y a autant de réalités qu'il y a de familles !

C'est pourquoi avantages et inconvénients concernent plus ou moins les familles. Cependant, pouvoir respecter le rythme de son enfant est très fréquemment un moteur essentiel pour nous.** Certains reproduisent un modèle très scolaire et d'autres vivent l'aventure jusqu'au bout en sortant des sentiers battus et en explorant d'autres façons d'apprendre comme la pédagogie de projet que nous proposons.
L'expérience sans école peut être plus ou moins longue et cela aussi a un impact sur les avantages et les inconvénients vécus.
Il n'existe aucune réponse toute faite. Ce sont des expériences de vie.

En conclusion : L'aventure de l'IEF en vaut-elle la chandelle ?
Malgré un contexte législatif devenu rigide et des défis bien réels, l'instruction en famille reste fréquemment, pour ceux qui la vivent, une aventure humaine et éducative fabuleuse. Le bonheur de voir son enfant grandir et apprendre dans la joie reste inégalable. Lorsque je pense à ces années passées, je souris en revoyant les visages enthousiastes de mes enfants et leurs corps en mouvement pour "vite découvrir".
🗨️ Et vous, quelle est votre expérience ? Quels inconvénients vous pèsent le plus ? Et que préférez-vous dans votre choix d'instruction ?
*Faire l'école à la maison aux Editions Eyrolles et L'école à la maison- Des pistes pour apprendre autrement aux éditions de l'Instant présent.
** Enquête en 2018 avec 517 familles participantes 84,7 % voulaient respecter le rythme d'apprentissage de leur enfant et 73,5% voulaient respecter le rythme de vie de leur enfant : sommeil, repas, besoin d'aller aux toilettes librement, etc. (https://apprendreavecbonheur.blogspot.com/2018/04/resultats-sondage-pour-les-familles.html)
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