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Journée d'un ado dyspraxique et TDAH : épuisement programmé

Dernière mise à jour : 7 juin


épuisement lié à dyspraxie
Image pixabay

La dyspraxie est un de nos "chevaux de bataille", nous sommes en effet concernées à titre professionnel et personnel. Sur ce blog, vous découvrirez plusieurs articles sur la dyspraxie. Cette double particularité nous permet d'adapter nos supports, mais aussi de bien connaître cette réalité de l'intérieur. En cette période froide, il nous semble important de mettre en lumière l'épuisement vécu.

Pour bien visualiser ce qui se passe, nous allons raconter l'histoire de Théo, ado multi-dyspraxique et l'épuisement qu'il vit (toutes les difficultés présentées ici ne concernent pas tous les dyspraxiques donc, mais dans tous les cas, la dyspraxie engendre une charge mentale conséquente). En gras, ses difficultés (si hypersensorialité en plus, il faudra ajouter les surcharges sensorielles qui le concerne ; si autisme en plus, il faudra ajouter la difficile gestion des interactions sociales). En italique, de possibles solutions.


L'épuisante journée de Théo, ado dyspraxique et TDAH

Lever

6h15, Théo doit sortir de son lit... C'est difficile... ses yeux n'ont aucun désir de s'ouvrir. Cependant, il n'a pas le choix, il a besoin de temps pour se préparer et le car part tôt.

En effet, le métabolisme de l'adolescent lui indique qu'il est encore plus tôt. Sans contraintes, afin de respecter son rythme naturel, l'adolescent se lèverait bien plus tard (biologiquement et hormonalement il tend à s'endormir plus tard et aurait besoin de plus de sommeil).

De plus, s'il cumule des jours de fatigue, il est encore plus fatigué.

Alternatives : la très grande majorité des ados auraient besoin de commencer leurs journées plus tard, il faudrait donc que l'EN réalise enfin que les établissements scolaires ne devraient pas ouvrir avant au moins 9h. En instruction en famille, l'ado peut dormir plus longtemps.


Petit déjeuner

A demi-réveillé, Théo doit pourtant déjeuner.

L'appétit n'est pas toujours au rendez-vous dès le lever, particulièrement chez les jeunes filles. Certaines, soucieuses de leur ligne (le matraquage médiatique ne répète-t-il pas qu'il convient d'être menue?), songent que c'est aussi bien de ne pas petit-déjeuner. Elles ne réalisent pas que la fatigue grandira... D'autres, malgré leur volonté de déjeuner, n'y parviennent pas. Il est décidément trop tôt.

Pour l'adolescent multi-dyspraxique, chaque geste est à réfléchir. Avec le temps, un automatisme s'est plus ou moins créé. 

Ce matin, Théo est trop fatigué, il souffre notamment d'une dyspraxie oro-faciale, il avale son bol de céréales, fausse route, il tousse, s'étouffe, il n'a pas suffisamment pris la peine de découper ses gestes... Ouf, il parvient à reprendre sa respiration, ce n'était pas un aliment dur qui se serait logé où il ne faut pas.

Alternatives : préparer tout ce qui peut l'être la veille pour déjà limiter cette charge mentale. De plus là encore un réveil naturel limite grandement ces difficultés.


Se préparer

Il est maintenant l'heure de s'habiller. Théo est un élève qui aime être à l'heure, il rouspète après son pull qui est récalcitrant. Il peine à l'enfiler. Mais pourquoi ce pull se tortille-t-il ainsi ? Discrètement, sa mère lui signale que l'étiquette dépasse : "il vaudrait mieux la couper" remarque-t-elle. Théo marmonne. Pff, il n'a plus 5 ans, pourquoi faut-il qu'il y ait si souvent un souci avec ses vêtements...

Sa dyspraxie de l'habillage prend trop de place. Il apprend l'humour pour gérer, il en plaisante, mais parfois, comme ce matin, il n'a pas envie d'en rire.

Se brosser les dents, ralentir un peu, un geste trop brusque lui a fait heurter une de ses incisives.

Cette fois, c'est la dyspraxie idéatoire qui joue les trouble-fête.

Heureusement il a les cheveux courts, un coup de peigne et il est prêt.

Alternatives : préparer tout ce qui peut l'être la veille pour déjà limiter cette charge mentale. De plus là encore un réveil naturel limite grandement ces difficultés.


Attendre le bus

7 h : à l'extérieur, il gèle, Théo remonte son col.

Les jeunes un peu frêles se réchauffent encore moins vite, ils perdent encore un peu de leur énergie... 

Il faut rester vigilant : s'il y a plusieurs bus, il ne faudrait pas grimper dans le mauvais !

Le bus arrive enfin, il faut grimper, prêter attention où il pose les pieds. Un moment d'inattention et c'est la glissade assurée. Quand on est un mec, ça ne pardonne pas ! La honte, songe Théo ! Ouf, tout s'est bien passé.

Chaque geste est calculé pour celui qui souffre de dyspraxie non constructive. A cette attention plus ou moins inconsciente, le stress de l'humiliation est très présent chez l'adolescent. A cet âge, tout écart est mal perçu et le harcèlement, bien trop fréquent. 

50 mn de car plus tard s'ajoutent la fatigue du voyage et la fatigue-obligation de rester assis alors qu'il a un immense besoin de bouger en raison de son hyperactivité et de son trouble du déficit de l'attention.

Alternative : si possible limiter le temps de trajet.


Arrivée au collège ou au lycée

Discrètement Théo vérifie que tout va bien : pull droit, pantalon fermé, lacets ok.

Si l'adolescent cumule avec un trouble du déficit de l'attention (TDA), un haut potentiel ou de l'autisme, il doit veiller à se fondre dans la masse, sauf s'il a la chance d'avoir des amis qui l'acceptent exactement comme il est. 

Théo souffre également d'un TDA comme un certain nombre de dyspraxiques. ll commence à s'agiter, peine à écouter tout ce que lui disent ses copains, il est distrait par autre chose, cette difficulté d'attention est renforcée par le fait qu'il est déjà fatigué. Il s'agite, feint d'être agité volontairement, ses copains aiment bien Théo : il est "cool".

Alternative : informer sur la difficultés d'apprentissage afin de favoriser l'inclusion, et peut-être plus encore informer sur l'acceptation d'autrui, sur la tolérance car l'information-inclusion est à double-tranchant lorsqu'un jeune est encore non identifié et a l'impression qu'il n'y en a que pour celui qui l'est ou bien simplement parce qu'il aimerait qu'on entende ses propres besoins.


Premier cours

Géographie. Un cours qu'il n'aime pas. Des pays sont évoqués, il imagine rarement où ils sont vraiment, on ne lui montre aucune carte ou presque, il se sent perdu. Théo décroche... Pourtant Théo souhaite réussir alors de temps à autre, il parvient à saisir quelques paroles du cours...

En plus, il doit prendre des notes et son ordinateur est en panne : il doit donc écrire ! Un calvaire pour lui qui est dysgraphique.

Doucement, mais sûrement, il se décourage... c'est tellement épuisant de suivre.

TDAH, dyspraxie visuo-spatiale et dysgraphie non pris en compte, cela provoque un épuisement encore plus grand.

Alternatives : prendre en compte les difficultés d'apprentissage en commençant par créer des ancrages cartes, solliciter les différentes mémoires, alléger avec un ordinateur à disposition.


Sonnerie. Deuxième cours.

Sortir. Dans quelle direction aller ? Théo est perdu l'espace d'un instant. Là, les autres vont par là, vite les suivre !

La dyspraxie visuo-spatiale pose des problèmes d'orientation dans l'espace. La personne dyspraxique se perd y compris dans des lieux qu'elle connait déjà. Avec un peu de temps et aucune pression, tout peut très bien se passer. Ce n'est pas le cas lorsqu'il faut courir pour rejoindre l'autre cours, particulièrement lorsque la fatigue est déjà présente.

Alternatives : petites pancartes colorées pour indiquer où aller (numéros de salle, etc.), éviter les changements incessants de classe, camarade-guide.


Cours de français.

Théo aime bien le français.

Il fixe son attention sur le cours de l'enseignant, mais peu à peu les mots se mélangent. Un peu comme une radio mal réglée... Il doit redoubler d'efforts. L'enseignant l'interpelle "Théo arrête de t'agiter sur ta chaise !" Théo se sent victime d'une injustice, il a envie de pleurer, mais pas question, ça serait l'enfer ensuite au collège. Théo ricane comme s'il avait choisi de bouger, comme "s'il était cool", le prof s'emporte. Les copains rigolent, Théo se sent un peu mieux, au moins on ne pense pas qu'il est "nul".

Difficile de se concentrer lorsqu'on souffre d'un déficit de l'attention. Des paroles sans véritable variation, une non-rupture dans le discours (c'est-à-dire pas d'interruption en utilisant un support extérieur ou une anecdote ciblée) complique encore l'attention du jeune. Ayant le sentiment de ne pas être compris, ressentant le besoin d'être intégré à un groupe, le jeune peut être tenté de devenir un élève perturbateur plutôt que d'être celui qui ne peut pas rester attentif. 

Alternatives : prendre en compte les difficultés d'apprentissage en commençant par solliciter les diverses formes d'intelligence, créer du sens.


Pause repas.

Enfin l'occasion de prendre des forces. Première difficulté : il faut gérer l'attente devant le self, les bousculades, une fois encore ses difficultés le rattrapent, il faut garder l'équilibre, avancer quand il faut, gérer les autres qui poussent, gérer sa propre envie de pousser pour être enfin débarrassé.

Hélas le repas servi à la cantine n'éveille pas l'appétit de Théo. Il n'aime pas ce qui est proposé, il juge que les légumes ont goût d'eau et sont "dégueux". Il préfère quand il y a des frites !

Théo mange à peine et sort de la cantine sans avoir pu satisfaire son besoin d'énergie.

Trop souvent les repas de la cantine ne sont pas appréciés. Une émission Les chefs contre-attaquent : SOS cantine a attiré l'attention sur ce qui était servi dans un certain nombre de cantines, sur le gaspillage alimentaire lié au manque de goût. 

Pour les enfants et plus encore pour les adolescents, c'est dommageable car ils ne peuvent faire le plein d'énergie afin de poursuivre la journée. 

Alternatives : accorder l'attention nécessaire aux repas et faciliter la fluidité d'accès au self.


Cours de sport

Théo ne parvient pas à visualiser la trajectoire du ballon, il manque la cible, le ballon lui frappe les jambes faute d'avoir réussi à savoir où se placer. Des rires fusent. Théo joue les gros bras, menace de s'en prendre à celui qui se moque de lui, fait semblant de ne pas vouloir récupérer le ballon. Les autres se plaignent, mais Théo est tellement amusant qu'ils rient.

Face à ses difficultés sportives liées à sa dyspraxie visuo-spatiale et/ou dyspraxie non constructive, l'adolescent ou l'enfant dyspraxique peut opter pour trois stratégies : feindre comme Théo de ne pas vouloir être sérieux ou bien essayer, échouer et tâcher de s'améliorer ou encore renoncer et lutter contre les larmes.

Il est également très fréquent que la "maladresse" de l'ado dyspraxique soit une raison de harcèlement...

Alternatives : informer sur les difficultés qu'il rencontre (enseignant et élèves), alléger les cours ou en supprimer certains ou tous si l'épuisement quotidien est trop important, adapter les demandes, proposer de jouer les arbitres, laisser à une place fixe (par exemple gardien de but), réaliser que certains gestes ne peuvent être réalisés (exemple : je n'ai jamais pu réaliser correctement une simple roulade, les cours de gymnastique étaient une torture).


Cours d'anglais

Ouf dernier cours de la journée. L'accent de Théo n'est pas très bon, il ne parvient pas à saisir les subtilités et peine plus encore pour toute la partie grammaticale qu'il ne parvient pas à mémoriser. Théo déteste l'anglais.

Une fois encore la dyspraxie verbale de Théo est problématique. De plus, en France l'apprentissage d'une langue débute par un apprentissage grammatical, apprentissage difficile pour les dys. Les dys connaissent alors de grandes difficultés.

Alternatives : une autre approche en grande partie détachée de la grammaire permet d'autres résultats. Une approche immersive est en effet bien plus efficace. Il convient cependant de bien comprendre que s'il y a dyspraxie verbale, cet apprentissage est complexe, d'une part, on ne peut attendre deux langues étrangères et d'autre part, il convient absolument d'adapter les attentes (idéalement de ne pas en avoir pour permettre d'avancer à son rythme et en confiance).


Bus

Théo est épuisé de sa journée, il faut encore se concentrer, ne pas se tromper de bus. Ils se ressemblent tous. A plusieurs reprises, Théo est déjà grimpé dans le mauvais et a dû redescendre, heureusement il peut repérer si un ou deux des camarades identifiés dans son bus sont présents.

Alternative : à l'entrée du bus, pancarte colorée pour bien repérer où va le bus.


Retour chez lui

Après 45 mn de bus, Théo goûte enfin. Il est affamé ! Il peut enfin reprendre des forces.

Néanmoins, il doit encore faire ses leçons. Théo soupire, il a énormément de leçons à réaliser et pour lui, tout est beaucoup plus long.

Un exercice connu demande environ 2 à 3 fois plus de temps que pour un autre tandis qu'un exercice inconnu semble sans fin. Le découragement, la déconcentration et l'épuisement compliquent encore le travail du dys. 

Alternative : limiter les devoirs. L'instruction en famille permet une meilleure qualité de vie puisqu'il n'y a pas de leçons, cette alternative n'est cependant pas toujours possible en raison de la vie familiale, des refus injustifiés de certaines académies ou du souhait de l'adolescent d'aller au collège. Aucune réponse n'est parfaite, cependant bien des ajustements tout au long de la journée peuvent limiter cet épuisement.


Dîner

Il n'a pas terminé ses leçons. Il mange beaucoup, mais rapidement, il n'a pas le temps de mâcher donc il s'étouffe à demi en raison de sa dyspraxie oro-faciale. Il voudrait aussi aller sur le net pour être avec ses potes. Il sait que ses parents préfèrent qu'il ait terminé ses leçons, mais s'il devait agir comme ça, il n'irait jamais ! Alors il feint de travailler sur l'ordinateur et depuis tout à l'heure, il joue, enfin...


Coucher

Théo se couche, il est épuisé.

Une jeune fille qui souffre d'un syndrome pré-menstruel ou des douleurs des menstruations aura également cette fatigue à ajouter à toutes les autres...

Les hormones, la fatigue nuisent à son endormissement... Il s'endort très tardivement, ajoutant encore de la fatigue à la prochaine journée...

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